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Art Anthropophagie Aujourd hui !

A propos de l'exposition-événement de Gilles de Staal et Jaime Zapata qui s'est déroulée du 1er au 12 novembre 2006, à la Galerie de Nesle à Paris

Présentation

Les publicités Google affichées sur ce blog sont le fait de l'herbergeur. Nous considérons ces pubs comme une intrusion abusive sur cette espace consacré à l'Anthropophagie et aux oeuvres de Jaime Zapata et Gilles de Staal.

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Luc Martin Meyer

Editions Le Mort-Qui-Trompe :

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Juliette Heymann

Tacco Ndongo, "la" chef cuisinier de l'exposition

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DAVID NEBREDA : AU DELA DU NEANT | 16 octobre 2006

Par Gilles de Staal .  Ce texte paru dans l'Humanité en 1999, fait partie du livre « Sur David Nebreda », publié en coffret avec le livre des photos, dessins et textes de David Nebreda aux éditions Leo Scheer  Paris 2001.


Un livre est paru que nul ne peut, raisonnablement, ouvrir sans   trembler (1). Un livre de photos. Et pourtant, dira-t-on, l'horreur photographique à prétention esthétique et visée précative, n'est pas vraiment ce qui manque, tant la photo, a force d'omettre le sujet se complait dans la débauche obscène de ses objets.  Mais ce n'est pas d'un de ces livre qu'il s'agit. Le livre de David Nebreda, que publient les Editions Léo Scheer, dont on salue ici le premier titre, est un livre sur l'art, et sur la mise en danger extrême de l'artiste dans son oeuvre. C'est un livre d'autoportraits.


L'Oeuvre d'art comme un acte sacré, c'est à dire un sacrifice ou un luxe ultime, l'expérience de la perte infinie de soi aux limites de l'anéantissement, puis la reconstruction, la réincarnation du sujet, - l'artiste -, dans l'œuvre qui s'inscrit alors dans la culture humaine... proposition démente par sa démesure. Traverser le miroir de soi même pour se projeter dans oeuvre, afin d'y incarner, comme un « autre », l'universalité de la culture, il n'est pas plus grand danger. En cas d'échec, l'artiste y risque le néant, mais il n'est pas oeuvre ni d'artiste sans l'acquiescement à ce péril : la folie, le suicide, l'opprobre, l'abandon.


 


David Nebreda est fou, probablement. C'est ainsi que l'identifient les psychiatres : schizophrène paranoïaque. Un mot sur sa souffrance, une carte de visite, pas une issue. Pourtant il n'en est pas moins un homme, et son problème d'homme c'est précisément la perte d'identité.



David Nebreda est photographe. Pendant sept ans, il a photographié celui qui disparaît en lui, « non pour faire le récit d'une expérience pathologique, ni pour témoigner », - devant qui ?.. et pour quoi ?  -, mais dans le projet, insensé, de saisir, dans la dégénérescence extrême de l'être et du corps, le point limite auquel peut se réduire son humanité... et à partir de là, la reconstruire dans « l'incarnation des figures mythiques essentielles de la culture Occidentale », c'est lui qui parle. A la folie, Nebreda acquiesce sans ciller, pour en faire le point de départ de son oeuvre C'est « ce qui est nécessaire ». Mais qu'on ne s'y trompe pas, ce n'est pas une oeuvre sur la folie, c'est une oeuvre sur l'identité, sur la culture, sur l'homme occidental.



Il a photographié, pendant ces sept ans, l'effroyable voyage, dans la plus absolue réclusion, qui le conduit aux limites de l'annihilation. « Il le fait, de par sa volonté, en silence », écrit il avec son sang sur les photos autour desquelles il ordonnance son long sacrifice. Série d'autoportraits qui sont comme les arrêts d'une via sacra qui le porte jusqu'en croix, vers sa résurrection :« Putain de régénération ». «Je viens de naître...! On fête ce jour de la naissance, mais dans le fond, il devait être un jour des plus terribles de l'existence... peut être même plus terrible que disparaître de ce monde » écrivait Alexis Fédorovitch, et ses mots me reviennent devant les clichés de Nebreda.



« Tout ce qui l'entoure, comme sa propre condition physique extrême, dit il, se chargent de significations qui se complexifient », à mesure des photos et de l'expérience, « autour de l'idée du nouveau but » : la résurrection dans les figures de l'art. David Nebreda est espagnol. C'est de toute cette identité, héritée des ors de la conquête et des supplices inquisitoriaux, du luxe de la renaissance baroque et de l'ascèse martyrisante de la contre réforme, que se charge dès lors son art. Comment ne pas y reconnaître la marque d'El Greco et de Francisco Pacheco, mais aussi Géricault dont « La folle » apparaît dans ses autoportraits comme la citation d'une mère, Velazquez renvoyé en miroir de « La parabole de la mère et du fils », Goya bien sûr, les cortèges de flagellants et l'effroi des saëtas de patro soto...?



Seulement, il ne s'agit plus là d'un commentaire photographique, si élaboré soit il. Comme il y a un théâtre avant et après Artaud, la photographie de Nebreda tranche dans l'histoire de la photo.  C'est en s'incarnant dans son oeuvre qu'il sort du néant de la folie ; non pas en la fuyant, ou en la commentant, mais en allant au plus loin de ce qu'elle a d'humain. Le sujet a changé de place et le pathétique de l'image s'est effacé devant la tragédie de l'oeuvre, « l'expérience de la mort et de sa renaissance »


Et quand, lacéré, squelettique, mourant, exsangue et extasié, il parvient au but, il poursuit « Cette pratique d'auto-représentation, de dédoublement et de re-création qui la libère et la justifie, comme instrument amoral de connaissance de soi-même, de ce qui est le plus proche de soi-même et qui est en fin de compte le plus universel malgré tout. » Nous sommes loin de l'effet photographique, et au coeur du questionnement des constantes de notre culture.



« Je ne peux en aucun cas accepter qu'on m'accuse de provocation, comme je ne peux d'ailleurs accepter aucun autre motif que celui du questionnement d'un équilibre et d'un code moral (...). Une réflexion serait souhaitable à partir des constantes qu'on a utilisées comme étant les seule à s'avérer irréductibles et universelles. Les considérant comme irréductibles, on les reconstruit (...) maintenant à l'extérieur.


 


 David Nebreda, pour l'heure va mieux, et il dessine dans un état psychique différent. Jamais auparavant ces photos n'avaient été montrées. Avec les dessins et ses textes, elles sont exposées jusqu'à la fin de la semaine, à la galerie Rennes, 14, rue de Verneuil à Paris.

                                                                                                                Gilles de Staal

Publié par staal à 22:38:55 dans Gilles de Staal | Commentaires (0) |