• Encontro Internacional de Antropofagia ! Thème traité, extrait 3

    1) « La banlieue » : la terre

    <?xml:namespace prefix = o ns = "urn:schemas-microsoft-com:office:office" /><o:p>Dans toute cette crise, le monde a découvert la France par « la banlieue ». Les technocrates, administrateurs et urbanistes parlent de « périphéries urbaines », mais dans la langue ordinaire, la langue littéraire ou culturelle, on  dit la « banlieue ». Le mot « banlieue » existe depuis des siècles et signifie littéralement « distance de bannissement » : de mettre au « ban » (acte de bannir) et « lieue » (unité de distance). La banlieue était l'endroit où les bannis, par jugement ou décision administrative, pouvaient vivre à distance de la ville.
    <o:p> </o:p>La ville de Khaled Kelkal, Vénissieux, est une banlieue de Lyon, semblable à n'importe quelle autre banlieue de France. Aujourd'hui, la banlieue est l'endroit où vit près d'un bon tiers des Français et peut être la moitié de la jeunesse. Il n'y a qu'à voir : l'agglomération parisienne, comme on dit ici le Grand Sao Paulo, a plus ou moins 10,5 millions d'habitants. Mais la ville de Paris, la ville que tout le monde vient visiter, avec ses vingt arrondissements délimités en 1850 par Haussmann, le Louvre, le Châtelet, l'Opéra et la Tour Eiffel, les grands boulevards et les cinémas, ce Paris aujourd'hui en a à peine plus de 2,5 millions. En majorité des seniors aux revenus moyens et hauts, très souvent célibataires, avec chien d'appartement. Tout le reste, les 8 millions qui restent, vivent dans la banlieue. Le peuple vivant, le peuple jeune, vit dans la banlieue. Banni. Et c'est un peu la même chose dans toutes les grandes villes de France.
    <o:p> </o:p> Un univers structuré par les usines, le travail, le monde syndical et la vie culturelle de municipalités administrées par les partis de gauche, principalement le parti communiste ; vie tournée vers la valorisation du monde du travail et de l'industrie et la croyance au progrès.
    Une nébuleuse de municipalités sans la moindre discontinuité urbaine, où les « cité Youri Gagarine » alternent avec les avenues Lénine, les ensembles Pablo Neruda, les rues Salvador Allende, les places Stalingrad, les boulevards Jean Jaurès, et autres noms de la grande mythologie du mouvement ouvrier. Ainsi, en traversant une rue, vous passez d'une municipalité à l'autre sans percevoir aucune différence, puisque tout est continuum urbain ; la rue Salvador Allende où vous marchiez se transforme sans prévenir en avenue Lénine qui traverse une nouvelle rue Salvador Allende qui n'est pas la même que précédemment, puisque qu'elle fait déjà partie d'une autre ville... cela donne le tournis de s'orienter par le nom des rues. </o:p>
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    Pour qui n'est pas de la banlieue, la géographie de la banlieue paraît un labyrinthe de lieux indifférents aux noms toujours les mêmes dans lequel on finit par se perdre. Cette géographie avait un sens qui était le sens du travail et des grandes usines : ici c'était l'usine Babcock, là l'usine à gaz, de ce côté les ateliers Renault, ou la Rhodiacéta, et cela était beaucoup plus sûr pour se diriger que de savoir si on était dans la rue Lénine ou devant le collège Maïakovski.
    <o:p> </o:p>Au tournant des années quatre-vingt, toutes ces industries fermèrent les portes, l'une après l'autre. Les immenses bassins industriels de Paris, Lille, Dunkerque, Lyon, Clermont Ferrand, Toulouse, Marseille, Bordeaux, Rouen, devinrent des déserts industriels, ruines et hangars abandonnés. Le sens de cette géographie se perdit dans les brumes de la désindustrialisation. Une fois perdu ce sens, - la boussole du travail -, le labyrinthe s'est refermé sur ses habitants confinés dans un espace sans issue.

     


    2) « La banlieue » : l'homme


    Les industries se sont « délocalisées » sous d'autres cieux, mais les hommes restèrent, car il n'y avait pas d'autres lieux pour aller vivre. Français de vieille souche ou immigrants algériens, marocains, portugais ou espagnols... eux tous qui étaient « la classe ouvrière » de France devinrent au fil des années 80 puis 90, « l'ex-classe ouvrière ». Eux qui avaient élevé des enfants dans l'idée d'un avenir professionnel, d'une élévation sociale, virent le paysage se réduire à l'horizon de la « cité », avec des taux de chômage allant jusqu'à 40%... complètement isolés de la grande ville pourtant voisine. La banlieue devint le lieu de l'échec.


    Le temps, qui était temps de travail, temps de vie collective, temps de luttes ou de grèves, temps de culture progressiste, devint le temps de l'attente. Attente de l'âge, de l'indemnité de chômage, du minimum social... Et pour les jeunes, attente d'un emploi, généralement précaire, inutile, et qui de toutes façons ne vient jamais. Attente d'une occasion. Attente d'un amour, ou d'une passade, d'un trafic fructueux. Attente d'une issue individuelle. Attente du moment suivant, attente du temps. Le temps devint ennui, et l'esprit devint rage... Avec la charge du stigmate d'être « de la cité », de la banlieue,  par la gueule, par l'allure, la façon de parler... avec le poids de la police, toujours graveleuse (1)...


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