Les publicités Google affichées sur ce blog sont le fait de l'herbergeur. Nous considérons ces pubs comme une intrusion abusive sur cette espace consacré à l'Anthropophagie et aux oeuvres de Jaime Zapata et Gilles de Staal.
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A l'initiative des peintres Jaime Zapata et Gilles de Staal, elle réunira, au milieu des oeuvres des deux artistes, des poètes, des comédiens, des dramaturges, des musiciens, des sculpteurs, des peintres-colleurs, qui participeront, par leurs contributions propres, à la mise en acte et en discussion publique des possibilités de mouvement artistique, ou mieux, de l'engagement artistique...
Aussi, du mercredi au samedi de ces deux semaines, à l'intérieur de l'exposition de peintures, après des lectures poétiques ou dramatiques et des interventions musicales, se tiendront des débats portant sur les questions qui traversent la crise de la société: "Médias en guerre" introduit par Henri Maler d' ACRIMED; "Identité, nationalité, citoyenneté: bons et mauvais Français?" introduit par Mehdi Belhajkacem; "Expérience Lula; transition à Cuba: cours nouveau en Amérique du Sud?" introduit par Autres Brésils; "Les revues, à quoi servent elles?" introduit par Lignes et Drôle d'époque; "Guerre au terrorisme, état d'exception permanent" introduit par le Collectif NLPF pour la libération des prisonniers d'Action Directe...
Ces débats seront inaugurés par la discussion de la conférence de Michel Lequenne: "Art vivant contre art contemplerien", conférence qu'il devait tenir en septembre à la Passerelle des cultures à Nogent et qui a été interdite sous le prétexte qu'il avait par ailleurs signé un éditorial intitulé "Vive le Hezbollah!".
Ils se concluront avec la lecture dramatique organisée par Pierre Etienne Heymann, du 8è acte de la pièce de Oswald de Andrade, "L'Homme et le Cheval", intitulé: "Le Tribunal". Ce sera le "procès en révision de Jésus Christ", avec Jésus Christ, St Pierre, Madeleine, La Véronique, Mme Jésus, le Prof. Icare et Mme Icare, le Baron Barabas de Rotschild, D'Artagnan, Fou Man Chou, un romancier anglais, Tribunal présidé par le Tigre de la Mer Noire assisté du Soldat Rouge de John Reed et de la Camarade Vérité.
Deux films seront présentés durant l'exposition: "O Parto"(L'accouchement') (30mn) film lyrique réalisé au Portugal en avril 1975, au sommet de la dernière tentative de révolution socialiste vécue en Europe, du 25 avril 1974 au 25 novembre 1975.
"Entretien avec Joelle Aubron" (30mn), réalisé par ses amis peu avant sa mort provoquée par 20 ans d'emprisonnement politique.
Au cours de l'exposition seront présentées les lectures d' « Ajax » de Yanis Ritsos par Luc Martin Meyer, du « Décaméron des Femmes » de Youlia Vosniessentskaia par le groupe La Liseuse, les poètes Roberto San Gerotéo et Ramiro Oviedo liront leurs oeuvres ainsi que celles de César Vallejo. Le gouvernement brésilien enverra officiellement la poète musicienne Beatriz Azevedo porter la contribution de l'anthropophagie brésilienne. Et les musiciens Flop, tante Hortense ainsi que le groupe de rap conscient La K-bine interprèteront leurs morceaux.
Il ne s'agit ni d'un festival de "performances" ni d'une manifestation "pluri-expressionnelle d'art contemporain", mais d'une rencontre d'artistes avec le public pour ouvrir en acte le débat sur l'engagement artistique, et le sens d'un tel engagement.
A ce titre, cette exposition-manifeste s'inscrit dans la lignée des mouvements artistiques révolutionnaires. La référence à l'Anthropophagie et au mouvement Anthropophage fondé par Oswald de Andrade en 1928, repris dans les années 1970 par le mouvement révolutionnaire et artistique brésilien (Torquato Neto, Glauber Rocha, Teatro Oficina, Helio Oiticica, Gilberto Gil pour ne citer que les principaux) est dans cette lignée. Que l'on ne s'y trompe pas, il n'y a là aucun exotisme ni tropicalisme affriolant.
Cette référence, aujourd'hui, - par son refus de tous les identitarismes et de tous les jésuitismes, sa prescription « d'absorber toujours et directement le Tabou » pour le transformer en Totem, et le postulat que « la joie est la preuve par neuf » -, nous semble répondre, avec la vigueur indispensable, aux frilosités morales et intellectuelles que la peur des utopies paraît inspirer au monde culturel européen. Elle prépare donc une nouvelle « descente anthropophage », des jungles suburbaines ou transatlantiques vers l'Europe jésuitique et rabat-joie cette fois, annoncée il y a un an lors de la première Rencontre Internationale d'Anthropophagie ! (EIA !) à Sao Paulo.
Toutes les informations sur cette initiative, - organisée hors de toute institution culturelle privée ou publique, sans sponsor, sans parrainage, sans subvention, sans budget, sans squatt (dont bien sûr nous dénonçons les expulsions), et sans marginalité de mode... mais grâce à la libre contribution du travail de chacun au luxe de tous -, sont disponibles sur le site-blog ouvert à cette fin :
http://a-a-a.blogg.org ainsi que sur www.gilles-de-staal.comPublié par staal à 10:25:39 dans A propos de l'exposition | Commentaires (0) | Permaliens
LA MORTE
(Prologue)
L'Engagement de l'Hiérophante
Le Hiérophante[1] (surgissant à l'avant-scène*, il s'assied sur le trou du souffleur) : Mesdames, Messieurs, je suis un morceau de personnage perdu dans le théâtre. Je suis la morale. Autrefois, la moralité apparaissait à la fin des fables. Aujourd'hui, elle a besoin de se dégager dès le début, afin que la police soit garant du spectacle. Et que s'étiole le rictus impardonnable du poulailler. Je demeurerai fidèle à mon propos jusqu'à la fin de la pièce. Et solidaire de votre compréhension de classe. Certains éléments de cette farce sont à la charge du décor dont vous faites partie. Nous sommes ici dans les ruines hétéroclites d'un monde. Les personnages ne sont pas unis quand ils sont isolés. En action, ils deviennent collectifs. Comme dans vos séismes à domicile ou dans de plus vastes pénitenciers, vous assisterez à l'individu en tranche et le verrez social ou tellurique. Votre imagination devra traverser bien des tumultes, si vous en voulez pour votre argent. Notre bande quémandeuse est affamée et humaine telle une troupe de Shakespeare. Elle a besoin de votre cour. N'abandonnez pas vos fauteuils, horrifiés par votre propre autopsie. Consolez-vous d'avoir en vous un petit poète et une grande âme ! Restez distingués et cyniques quand vous viendrez au bout de ce désagréable banquet composé de vous-même. Comme les fous, nous nous laisserons émouvoir par vos controverses. Allez, et que cela commence !
(Epilogue)
... ...Tout flambe sous les mains héroïques du poète
Le Hiérophante : - Respectable public ! Nous ne vous demandons pas d'applaudissements, nous demandons les pompiers ! Si vous voulez sauver vos traditions et votre morale, appelez les pompiers ou, si vous préférez, la police ! Nous sommes comme vous même, un immense cadavre gangrené ! Sauvez nos pourritures et peut-être vous sauverez vous du brasier allumé du monde !
Rideau
L'homme que j'ai mangé à petites bouchées
Il me cassait tellement les pieds que je le voyais déjà en grillade.
Une fois, il parla de « L'Amour comme principe[2] ».
Je trouvai qu'une citation de ce genre méritait un bon coup de dent. Et je le ferrai de la denture.
Une autre fois, il me sort « L'ordre comme base ».
J'étais tellement indigné que je l'ai mordu à nouveau.
Tout à coup, alors qu'on se promenait, j'entends de sa bouche « Le progrès comme fin ».
C'en était trop !
J'ai déchiré la chair du « citoyen » à belles dents.
Maintenant il se promène un peu pâle à cause de la blancheur du squelette.
J'ai mangé toute sa viande et j'ai seulement laissé la langue rougeoyante dans l'éclat blanc du crâne.
J'ai laissé la langue exprès.
Je veux voir s'il a le courage de me dire « Vivre pour autrui, vivre au grand jour ».
Si il le dit, alors il mourra comme un poisson : par la bouche.
Le pauvre, il est positiviste, et c'est peut être pour ça que sa viande était rassie à point pour être mangée.
Et j'ai mangé.
Joao do Presente
Revue d'AnthropophagieDe l'Anthropophagie
Toute législation est dangereuse.
Par un phénomène que nous appelons « mécanisme d'introversion », l'homme est l'animal qui pluralise. Il pluralise et invente le concept. Sur le concept, il construit et légifère. Il crée le tabou.
Quand il y a introversion, il descend au plan réel, il descend troglodyte, puisqu'il naît troglodyte. Il n'y a religion ni idéal le plus élevé qu'il ne discute à coups de bâton. Historiquement.
Nous croirions en un progrès humain si l'enfant naissait alphabétisé. Mais quand il vient au monde, comme dans ces derniers quarante siècles de chroniques connues, il naît naturellement à l'âge de pierre. Et il resterait ainsi primitif et niambicoara[3] si on ne le déformait immédiatement. Il n'y a aucun motif pour une nostalgie des âges lithiques. Tous les jours naissent des millions d'hommes préhistoriques.
Tout notre jugement obéit au critère biologique. L'adjectivation anthropophagique ne fait rien de plus que développer la constatation de ce qui est favorable ou défavorable à l'homme considéré biologiquement. Ce qui est favorable, nous l'appellerons bon, juste, hygiénique, plaisant. Ce qui est défavorable, nous l'appellerons dangereux, bête, etc.
C'est la seule introversion que nous permettons. L'indien n'avait pas le verbe être. Du coup il a échappé au danger métaphysique qui, tous les jours, fait de l'homme paléolithique un chrétien à tétine, un mahométan, un bouddhiste, bref un animal moralisé. Un petit sage criblé de maladies.
De cette division des hypothèses humaines (philosophies, religions) en forces positives et forces négatives, se forme notre jugement éthique et esthétique.
Non que nous ayons un système quelconque. Mais il faut bien donner une solution à tous les problèmes débattus en Occident et en Orient.
L'Equateur, dans la descente anthropophagique que nous annonçons, utilisera aussi des mitrailleuses à haute définition.
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L'autorité extérieure, ou mieux, « l'interdiction climatérique » au sens le plus large, c'est le tabou. Qu'est-ce que l'anthropophagie ? L'absorption de l'environnement. La transformation du Tabou en totem.
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L'exogamie est l'aventure extérieure. L'homme-temps, après Einstein, est fait de moments qui sont des synthèses biologiques. Pour la formation de chacun de ces moments il risque sa peau dans une aventure exogamique. Une fois la synthèse réalisée, il l'intègre comme l'amibe intègre l'aliment et recherche une autre aventure exogamique.
Les anthropologues n'ont rien vu d'autre dans l'exogamie qu'une loi tribale, un tabou. C'est une simple fatalité. Un fait humain.
Ce que l'homme fait biologiquement, il le fait par cycles. Anthropophagiquement.
Le désir d'absorber amène l'infraction du tabou.
Psychologiquement, l'anthropophagie élucide la doctrine de La Chute et la formation de l'idée de péché. L'erreur c'est la solution contrite, transférée vers l'absorption dans la communion. L'anthropophagie ordonne le sens biologique. Absorber toujours et directement le Tabou.
Cela éviterait le phylloxera produit par toutes les morales intérieures.
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- Et les morales extérieures ?
- L'anthropophagie ne rechigne pas à les tenir généralement en estime favorable. C'est une question de divertissement, de jeu, de cérémonial. La bonne humeur des Chinois en atteste.
D'ailleurs, l'homme insiste à jouer les commères, dans la vie historique. Il a besoin de se couvrir de galons et de plumes. Il n'y a pas de mal à cela, sauf quand c'est en faveur de forces négatives. L'homme a besoin de se nommer comme choses : Tu es général. Tu es député. Tu es ma commère. Et tu viens me visiter. Comme les bons enfants paléolithiques.
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La descente anthropophagique n'est pas une révolution littéraire. Ni sociale. Ni politique. Ni religieuse. Elle est tout cela en même temps. Elle donne à l'homme le sens véritable de la vie, dont le secret réside, - ce que les savants ignorent -, dans la transformation du tabou en totem. C'est pourquoi nous conseillons : « absorber toujours et directement le tabou ».
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Toutes les religions. Mais aucune église. Et surtout, beaucoup de sorcellerie.
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Revue d'Anthropophagie (deuxième dentition). N° 9
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Aucune convention sociale.
Pour Héraclite dieu était l'unité des oppositions, coincidentia oppositorum. Pour nous c'est le tabou que nous transformons en totem, protecteur de la tribu.
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La fausse culture, le faux art, la fausse morale, la fausse religion, tout disparaîtra mangé par nous avec la plus grande férocité.
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Revue d'Anthropophagie (deuxième dentition) N° 14 (1929)
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Par-dessus tout, nous réagissons contre la morale conventionnelle, la vieille morale qui aujourd'hui dans le monde entier, - jusque dans l'Europe romaine ou puritaine -, n'existe plus que dans l'hypocrisie trouillarde d'une demi-douzaine de pasticheurs anachroniques et sans racines dans la terre généreuse qui leur a donné abri.
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Et du coup, contre les forces de conventions, d'accommodement, d'hypocrisie, nous lançons les forces de libération, victorieuses toujours. Contre l'homme artificiel, - stupide et emmerdant -, l'homme naturel. Contre l'animal qui s'habille, l'animal qui se pare.
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Liberté de pensée.
Liberté sexuelle.
Le courage de mourir en appelant les calamités sur le camp ennemi.
La justice de la massue.
Aucun refoulement.
Le plus fort.
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Nous renions avec plaisir toutes les vertus chrétiennes. Elles resteront au service des objets trouvés. Où les cons pourront aller les chercher.
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Publié par staal à 13:32:20 dans Oswald de Andrade | Commentaires (0) | Permaliens
Oswald de Andrade
La Morte
Pièce en trois actes de Oswald de Andrade 1937
(traduite du portugais Brésil par Gilles de Staal. Droits réservés : Espòlio Oswald de Andrade et Gilles de Staal pour la traduction. A paraître en 2007, en France, dans « Oswald de Andrade : Manifestes anthropophages et Théâtre, aux éditions Le-Mort-qui-trompe.)
(Extraits)
Lettre préface de l'auteur
J'accorde la plus grande importance à La Morte au sein mon œuvre littéraire. C'est le drame du poète, du coordonnateur de toute action humaine, que l'hostilité d'un siècle réactionnaire a peu à peu éloigné du langage utile et courant. Du romantisme au symbolisme, au surréalisme, la justification de la poésie s'est perdue en sons et protestations inintelligibles, pour finir dans le balbutiement et la télépathie. Bien loin des appels populaires. Maintenant, à travers l'analyse, les ensevelis reviennent à la lumière et, à travers l'action, parviennent aux barricades. Ce sont ceux qui ont le courage incendiaire de détruire cette âme égarée qui leur était née sous les ciels souterrains où ils s'étaient réfugiés. Soit les catacombes lyriques s'épuisent, soit elles débouchent dans les catacombes politiques. A toi, qui es ma compagne dans ce difficile atterrissage, je dédie La Morte.
Oswald de Andrade
São Paulo, le 25 avril 1937
[1] Julieta Barbara Guerrini, avec qui Oswald de Andrade vivra en « régime civil de séparation de biens » de décembre 1934 à 1942. Auparavant, de 1929 à 1933, il vécut avec Patricia Galvao, dite « Pagu », écrivain et agitatrice communiste recherchée par la police, de qui il eut un fils, Ruda Pronominare, en 1930. (N.d.T.)
Publié par staal à 11:53:34 dans Oswald de Andrade | Commentaires (0) | Permaliens
EIA ! Tupi !
Publié par staal à 11:27:16 dans A propos de l'exposition | Commentaires (0) | Permaliens
Nous vous l'annonçons depuis quelques semaines. L'exposition-manifeste Art! Anthropophagie! Aujourd'hui! est avant tout un événement artistique, culturel et philosophique majeur.
Vous y trouverez, bien sûr, les tableaux de Jaime Zapata et ceux de Gilles de Staal, mais vous pourrez également assister à des rencontres entre citoyens, entre artistes, entre penseurs... A ce blog s'ajoute un ensemble d'articles sur l'événement.
Cependant, je vous invite à retrouver Gilles de Staal, vendredi 20 octobre 2006, à 11h00 sur Radio Aligre, 93.1
A.V.
Publié par staal à 01:42:55 dans Dans la presse, sur les ondes... | Commentaires (0) | Permaliens