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Cet article est paru dans L'Humanité du 23 novembre 1999.
L'" explication " ? Elle tient dans le petit livre confectionné par le philosophe Tzvetan Todorov qui porte en titre : la Fragilité du bien (1). Qui a sauvé les juifs bulgares ? Réponse : tout le monde, (à part une petite minorité radicalement fasciste), en réagissant et en agissant, à son échelle, indépendamment de sa position dans les luttes politiques, à partir de ce simple présupposé : " C'est monstrueux, insensé, et il y va de la dignité d'être bulgare "... Pas plus, mais pas moins. Les communistes qui, dès les premières lois antisémites, associent la défense des juifs à la lutte contre le fascisme ; les intellectuels libéraux, qui dès ce même moment, s'élèvent contre les idées de défense de la " pureté nationale " ; l'Église orthodoxe, qui prend les juifs sous sa protection ; les députés de l'opposition légale... Mais tout cela n'aurait pu suffire si, du sein même de la majorité parlementaire de ce gouvernement allié de l'Allemagne, des hommes politiques n'avaient pris " la décision de faire tout ce qui était en (leur) pouvoir pour empêcher l'accomplissement de ce qu'on projetait et qui allait compromettre la Bulgarie devant le monde, la souillant d'une tâche qu'elle ne méritait pas ". Pour Dimitar Pechev, cheville de la majorité gouvernementale et vice-président de l'Assemblée nationale, la cause est au-dessus de toute autre considération, et il comprend que c'est de l'intérieur du pouvoir que " le projet d'assassinat en masse " doit être mis en échec.
Le livre de Tzvetan Todorov rassemble pour la première fois l'essentiel des documents - déclarations, comptes rendus de réunions, journaux intimes de politiciens, tracts, témoignages d'époque, mémoires... - qui permettent de reconstituer l'histoire de la crise qui, de mars à juin 1943, a abouti à " la mise à l'abri " des juifs bulgares par l'État bulgare lui-même. Cela se lit comme un véritable roman qui finirait bien. Une anti-"affaire Papon " en quelque sorte. À ce sujet, deux remarques : aucun de ces hommes, qui mirent en échec le projet nazi, n'en souffrit les représailles dans sa chair ou dans sa liberté ; en ce début 1943, et il était évident pour tous, témoins et acteurs du drame, que la déportation en Pologne ne pouvait signifier autre chose que l'extermination de masse. Ce qui réduit à néant les deux arguments souvent opposés à l'accusation de passivité : les risques encourus étaient tels qu'on ne pouvait rien faire ; on ne pouvait pas imaginer l'horreur qui allait suivre. Fallait-il donc être bulgare pour comprendre, d'emblée, qu'il s'agissait de la Shoah ?
(1) Tzvetan Todorov. La Fragilité du bien. Éditions Albin Michel. 222 pages.
Publié par staal à 14:55:52 dans Gilles de Staal | Commentaires (0) | Permaliens
Indigestion coloniale en France...
et l'urgence d'une réponse anthropophagique
Ouverture (théâtrale)
« ...Respectable public ! Nous ne vous demandons pas d'applaudissements, nous demandons les pompiers. Si vous voulez sauver vos traditions et votre morale, appelez les pompiers ou, si vous préférez, la police ! Nous sommes comme vous-mêmes, un immense cadavre gangrené ! Sauvez nos pourritures et peut être vous sauverez vous du brasier allumé du monde ! » (Oswald de Andrade : final de « La Morte »)
Cela eut lieu fin octobre 1995. Exactement dix ans après, comme dans une commémoration inconsciente, les « cités » de toutes les périphéries, les banlieues, de toutes les villes de France, viennent de s'enflammer dans une mutinerie qui s'est répandue pendant trois semaines, révélant une crise profonde, culturelle, politique, morale, identitaire dans ce pays si convaincu de l'universalité de ses fondements.
©Gilles de Staal
Publié par staal à 14:50:18 dans Rencontre Internationale d Anthropophagie ! | Commentaires (0) | Permaliens
L'incendie des banlieues ou l'indigestion coloniale
La révolte des « banlieues » françaises de novembre 2005 révèle la fracture la plus radicale et profonde au sein de la société moderne, et pas seulement française.
Une des caractéristiques de notre modernité est que, plus prospèrent les métropoles globalisées, post-modernisées, démocratisées, droitsdelhommisées, néolibéralisées, plus elles accumulent en leur propre sein un monde de marginalisation, de ghetto, de misère, de désaculturation. Et pour le capital, la seule gestion de cette réalité, - qui est chaque fois plus la condition précaire que le capital offre au salariat -, c'est l'administration coloniale des populations désignées comme « dangereuses ». Le monde s'est globalisé, les anciennes colonies ont aujourd'hui leurs classes moyennes et leurs shopping-centers, identiques à ceux des métropoles, et les métropoles produisent leurs colonisés intérieurs, identiques à Paris à ceux d'Alger, de Rio ou de Los Angeles.
Le premier et le tiers monde ne sont plus tellement séparés, les métropoles d'un coté des mers et les colonies de l'autre. Le tiers monde, la colonie, est dans les faubourgs de Paris tandis que le premier monde peut se rencontrer à Sao Paulo ou à Johannesburg, tout comme le tiers monde qui est aussi en Louisiane... Il n'y a pas de guerre de civilisations. Ce n'est plus un problème de libération nationale, conflits exogènes. Il va donc falloir extirper des métropoles le vieux colonialisme qui s'y est replié... Il va devoir se laisser griller sur les brasiers des banlieues, et peut être faudra-t-il passer à la rôtissoire certains de ses représentants les plus comestibles.
©Gilles de Staal
Publié par staal à 12:03:43 dans Rencontre Internationale d Anthropophagie ! | Commentaires (0) | Permaliens
Invités brésiliens et internationaux :Aparecida Vilaça (Br-RJ): Anthropologue, Musée national de l'UFRJ
Augusto de Campos (Br-SP): Poète, un des fondateurs de la poesie concrète
Beth Conklin (USA) : Anthropologue
Charles Andrew Perrone (USA) : Prof. de litt. luso-br. Univ. Floride
Christopher Dunn (USA) : Prof. d'études luso-br. Tulane univ. New Orleans
Gilberto Vasconcellos (Br-MG) : Sociol. prof. Univ. Fed. Juiz de Fora, MG
Gilles de Staal (Fr) : Peintre, journaliste, critique.
Gonzalo de Aguiar (Argen.) : Chercheur, visit. Univ. Standford
Jean François Chougnet (Fr) : Historien, dir. Parc Cult. La Villette
Jorge Mautner (Br-RJ) : Chanteur, compositeur, ecrivain
José Celso Martinez Correa (Br-SP) : Dir. Acteur et dramaturge Teatro Oficina Uzyna Uzona
José Miguel Wisnik (Br-SP) : Compositeur, chanteur, prof. de litt. brés. USP
Manuela Carneiro da Cunha (Port.) :Prof. anthropologie Univ. Chicago
Ruda K. de Andrade (Br-SP): Cineaste
Suely Rolnik (Br-SP) : Psychanal. Prof da PUC/SP
La première Rencontre Internationale d'Anthropophagie !, (EIA !)
s'est tenue à Sao Paulo du 14 au 18 décembre 2005, au théâtre du SESC Pompeia.
Réalisée par le SESC SP, organisée, et mise en scène par Zé (José) Celso Martinez Correa, soutenue par l'Oficina cultural Oswald de Andrade (Sec Estado Cultura SP)
Y participèrent comme « palestrantes » :
14 Décembre Première déglutition :
1ère dentition, anthropophagie rituelle : Beth Conklin (USA) et Aparecida Vilaça (RJ) anthroplogues : antropofagia funeraria e antropofagia guerreira.15 décembre Deuxième déglutition :
1ère dentition, anthropophagie aux amériques : Charles A. Perrone (USA) et Gonzalo Aguilar (Argen.): antropofagia nas americas.
2ème dentition, anthropophagie dans le monde contemporain :Gilles de Staal (Fr) Indigestao colonial e rebeldia na França hoje ;
Gilberto Vasoncelos (MG) Marxismo e antropofagia.
16 décembre Troisième déglutition :1ère dentition, l'Europe et l'anthropophagie : Jean François Chougnet (Fr) : Montaigne;
Manuela Carneiro da Cunha (Portugal) : L'anthropophagie et ses malentendus.
2ème dentition, anthropophagie, tropicalia, et aujourd'hui : Suely Rornick (SP) : Zumbi ; Christopher Dunn (USA) : Antropofagia, tropicalia, arrastao ;
Jorge Mautner (RJ) : Chaos et Anthropophagie.
17 décembre Digestion :
Tous : Première dentition - Seule l'Anthropophagie nous unit !Nuit, Tous : Départ de la barque pour Santos
Concert public SESC Santos : Zé Miguel Wisnik et Zé Celso Martinez CorreaPublié par staal à 11:56:23 dans Rencontre Internationale d Anthropophagie ! | Commentaires (0) | Permaliens
Théophile de Giraud lira des passages de son livre, le vendredi 03 novembre 2006 à 19h45
(http://a-a-a.blogg.org/themes-103977-offset-5.html)
L'auteurMél. editions@le-mort-qui-trompe.fr
Site Internet : http://www.le-mort-qui-trompe.fr
Publié par staal à 19:13:02 dans Intervenants | Commentaires (0) | Permaliens